Qatar Prix du Jockey Club : L’entraîneur Mauricio Delcher et la copropriétaire Christiane Head parlent de leur partant Pearled Majesty
Qatar Prix du Jockey Club
L’entraîneur Mauricio Delcher et la copropriétaire Christiane Head parlent de leur partant
Pearled Majesty
(Entrainé à Chantilly – Oise)
Ce mardi matin, France Galop organisait la première d’une série de conférences de presse consacrée à l’édition 2026 du Qatar Prix du Jockey Club (Groupe 1, le plus haut niveau international). La grande course classique du galop mondial, créée en 1833 aura lieu dimanche 31 mai 2026 sur l’hippodrome de Chantilly.
Disputée sur 2 100 mètres, cette épreuve prestigieuse est réservée aux poulains entiers et aux femelles de 3 ans. Elle offre 1,5 million d’euros d’allocations (gains de course).
Cette première rencontre avec les médias a notamment permis de mettre en lumière l’entourage du poulain français Pearled Majesty, l’un des candidats au sacre :
- Sa copropriétaire Christiane Head, appelée par tous « Criquette »,
- Ainsi que son copropriétaire et entraîneur Mauricio Delcher Sánchez.
L’occasion pour tous les deux d’évoquer la préparation du cheval sur le centre d’entraînement de Chantilly et les ambitions de leur représentant avant ce grand rendez-vous du printemps.
Pearled Majesty reste sur une victoire dans une course préparatoire au Qatar Prix du Jockey Club, le Prix Noailles (Groupe 3, 2 100 mètres), disputé en avril à ParisLongchamp.
Première participation au Jockey Club pour Mauricio Delcher Sánchez, entraîneur espagnol installé à Chantilly
Mauricio Delcher Sánchez est un entraîneur espagnol installé à Chantilly depuis 2013. Ancien gentleman-rider (cavalier de courses amateur), l’Espagnol Mauricio Delcher Sánchez s’est progressivement imposé comme l’un des meilleurs professionnels de son pays. Plusieurs fois sacré tête de liste (champion des entraîneurs) locaux, vainqueur du Grand Prix de Madrid et mentor de plusieurs gagnants de Groupes (les plus belles épreuves), il s’est installé à Chantilly en 2013 afin de profiter d’un outil de travail reconnu dans le monde entier.
S’il n’a encore jamais participé au Qatar Prix du Jockey Club, il compte plusieurs succès au niveau Groupe 1, notamment en France dans le Prix du Cadran et le Prix Jean Prat, et en Angleterre dans les King’s Stand Stakes (devenus depuis 2023 les King Charles III Stakes) à Royal Ascot.
« Nous avons toujours estimé Pearled Majesty. L’an passé Il nous a montré de très belles choses le matin, mais il était encore très bébé dans son comportement. Il n’était pas toujours concentré et il lui fallait du temps pour mûrir. C’est aussi pour ça qu’on l’a couru à 2 ans : pour lui donner du métier sans trop lui en demander le matin. Ses deux premières courses nous ont déjà montré de la qualité et, cette année, avec le passage de 2 à 3 ans, il a vraiment franchi un cap. Il a pris de la maturité physique et mentale. Depuis sa rentrée, il ne fait que progresser. Sa dernière victoire [le 12 avril dans le Prix Noailles] était une vraie course de confirmation face à une opposition déjà sérieuse. Aujourd’hui, il arrive au top : il est très bien, en pleine forme, avec assez d’expérience. Tous les feux sont au vert. Maintenant, on entre dans les grandes courses européennes et il faudra confirmer à ce niveau-là, mais on est très fiers de lui. Comme on ne peut pas avoir Christophe Soumillon [qui lui était associé lors de ses trois dernières sorties], Pearled Majesty sera monté par Cristian Demuro. Nous sommes très heureux de pouvoir compter sur lui. C’est un jockey que je connais très bien, quelqu’un de très agréable et qui possède déjà une grande expérience dans ce type de courses. »
« Je pense qu’il faut laisser les chevaux galoper dans leur action naturelle. Je n’aime pas les contrarier. Ce cheval a de grandes foulées, il aime avancer et il faut respecter ça. La dernière fois, il a pris les choses à son compte parce qu’il n’y avait pas beaucoup de rythme, mais ce n’est pas un cheval qui a absolument besoin d’aller devant. Ce qui compte, c’est qu’il puisse galoper librement et dans son action. Après, qu’il soit devant ou derrière, cela dépendra du déroulement de la course. Moi, je n’ai jamais peur de laisser un cheval faire ce qu’il aime faire naturellement. »
« Concernant le terrain, nous souhaitons surtout que la piste soit bonne et régulière, ce qui sera bien sûr le cas. Le cheval a gagné sur bon terrain et il a aussi très bien couru dans du terrain lourd, donc je ne suis pas inquiet. Les grandes courses doivent se courir sur des pistes où tout le monde a sa chance. Après, les meilleurs gagnent, c’est aussi simple que ça. »
« Cela fait plus de dix ans que je suis installé en France et avoir un partant dans le Jockey Club représente énormément. Bien sûr, on a déjà eu des chevaux de Groupe, on a déjà connu de grandes émotions, mais participer à une course comme celle-là, c’est exactement pour ça qu’on fait ce métier. On se lève tous les matins pour vivre ce genre de moments. Après, avec l’expérience, on apprend aussi à relativiser. L’important, c’est surtout d’être satisfait du parcours du cheval et du travail accompli avec lui. Après, si le cheval est assez bon, il gagnera. S’il l’est un peu moins, il terminera plus loin. Ce n’est pas dramatique. Il y aura toujours d’autres courses, d’autres chevaux, d’autres opportunités. Dans ce métier, il faut savoir continuer à avancer, garder l’enthousiasme et l’envie intacte. Et le lendemain, il faut simplement se remettre au travail. »
« Travailler avec Criquette [Head, sa copropriétaire] est un vrai plaisir. C’est quelqu’un qui possède une expérience immense et qui connaît parfaitement ce métier. Elle comprend les joies, les difficultés, la pression quotidienne. Mais elle laisse aussi l’entraîneur travailler. Au final, c’est moi qui vois le cheval tous les jours et qui prends les décisions, mais pouvoir échanger avec une personne comme elle est une vraie richesse. »
40 ans après l’avoir gagné comme entraîneur, Christiane Head rêve de le gagner comme propriétaire
Surnommée par tous « Criquette », Christiane Head, est l’une des plus grandes figures françaises des courses hippiques. Elle est aussi une pionnière dans un univers longtemps dominé par les hommes. Ainsi, en 1979, elle est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à remporter le Prix de l’Arc de Triomphe, grâce à la championne Three Troikas.
Issue de la célèbre famille Head – son père, Alec Head, disparu en 2022, étant considéré comme l’une des figures majeures des courses hippiques mondiales au XXe siècle – elle grandit entourée de chevaux et obtient sa licence d’entraîneur en 1977.
Au cours de sa carrière, elle totalise plus de 128 victoires de Groupe 1 avec des champions tels que la légendaire Trêve, double lauréate du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe.
Retirée du métier en 2018, Criquette Head est toujours une figure majeure et très respectée du galop français, particulièrement engagée dans la défense des petites écuries et des acteurs des courses.
Pour ce qui concerne plus spécialement le Prix du Jockey Club, elle l’a remporté en 1986 en tant qu’entraîneur avec Bering, qui portait la casaque de sa mère, Ghislaine Head. Quarante ans plus tard, Pearled Majesty peut cette fois lui offrir un premier Qatar Prix du Jockey Club en tant que propriétaire.
« À l’époque, avec Freddy [Head, le frère de Criquette], nous avions acheté la mère de Pearled Majesty. Puis, lorsque le haras familial du Quesnay a été vendu et que tous les chevaux ont été mis en vente, la jument est passée sur le ring avec son foal à côté d’elle et elle était déjà pleine de ce cheval-là. C’était un croisement que nous avions nous-mêmes décidé. Plus tard, j’ai racheté la foal, une pouliche que j’aimais beaucoup, car c’est une famille à laquelle je suis très attachée. Ensuite, Fernando [Laffon, le petit-fils de Criquette], qui se trouvait en Angleterre, m’a appelée pour me dire que ce cheval passait en vente. Il est allé le voir, il lui a énormément plu et nous avons décidé de l’acheter. De son côté, Mauricio avait eu exactement la même impression en découvrant le cheval. C’est comme cela que nous nous sommes associés autour de lui. Et naturellement, c’est Mauricio qui l’a gardé à l’entraînement.
Arrêter d’entraîner a été difficile, bien sûr. Et cela continue à me manquer aujourd’hui. J’aimerais encore venir tous les matins à Chantilly, mais je vis trop loin pour cela. Maintenant, je suis propriétaire et je laisse travailler les entraîneurs. Je sais trop bien ce que représente ce métier pour intervenir inutilement. La vie d’un entraîneur est extrêmement compliquée : il faut être là tous les jours, comprendre ses chevaux, supporter la pression des résultats et parfois aussi celle des propriétaires. Donc je ne veux surtout pas ajouter du stress à mes entraîneurs. Au contraire, je leur fais confiance.
Mauricio connaît parfaitement ce cheval. C’est lui qui l’a façonné, qui l’a amené à ce niveau-là. Le poulain n’était pas facile au début, il était un peu immature, et Mauricio a fait un travail formidable avec lui. Je suis ravie qu’il s’en occupe et ravie aussi d’avoir trouvé un cheval capable de courir une telle course. Quand on achète un yearling ou un foal, on ne sait jamais jusqu’où il ira. Alors se retrouver au départ d’un Jockey Club, c’est déjà quelque chose de fantastique. Moi, je n’ai jamais aimé chercher des excuses. Quand j’étais entraîneur, ni la corde ni le terrain ne me faisaient peur. Si un cheval est assez bon, il peut gagner dans toutes les conditions. J’ai gagné le Prix de l’Arc de Triomphe avec le numéro 22 dans les stalles, donc je n’ai jamais cru aux excuses. Je pense aussi qu’il faut laisser les jockeys monter les chevaux pour eux-mêmes. Ce sont eux qui sont sur le dos du cheval, ce sont les meilleurs pour sentir ce qu’il faut faire pendant la course. »
Être propriétaire aujourd’hui est différent. Le stress n’est pas le même parce que je ne vois pas le cheval tous les jours. Je vais le voir de temps en temps à Chantilly, mais toute la responsabilité quotidienne appartient à l’entraîneur. Moi, je peux davantage profiter des émotions. Bien sûr, gagner le Jockey Club comme propriétaire serait merveilleux. Je serais aux anges. Mais le plus important reste que le cheval revienne bien de sa course. Tout ce qui arrivera dimanche sera du bonus. »
Aujourd’hui, ma vie est beaucoup plus calme. Je suis retraitée, je partage mon temps entre la France, la Suisse et les Bahamas, et je profite surtout de ma famille, de mes enfants, de mes petits-enfants et même de mes arrière-petits-enfants. Mais les courses restent une passion immense et elles feront toujours partie de ma vie. »
Crédits photos : Scoop Dyga