Vers une réglementation qui respecte plus souvent le classement à l’arrivée en cas de gêne

27 mars 2018

Photo scoopdyga.com

A partir de ce samedi 31 mars (courses à Chantilly et au Lion d'Angers), en cas de gêne en course, le meilleur gardera plus souvent le bénéfice de ses efforts. Depuis quelques semaines, Henri Kiriel, Chef du département du secrétariat des commissaires de France Galop, sillonne la France pour former les juges à la nouvelle doctrine. Il était aux côtés d’Henri Pouret, Directeur Général adjoint chargé de la direction opérationnelle des courses, pour présenter cette réforme à la presse puis à Equidia au cours des derniers jours.

Quel est le point de départ de cette réforme ? Les prémices de l’harmonisation du jugement des gênes remontent à la conférence internationale de commissaires de 2007 à Dubaï. Alors que la compétition hippique se mondialise, les différences entre nations hippiques peuvent poser problème aux compétiteurs qui se produisent à travers le Monde. Dans le même temps, la prise de paris s’est elle aussi internationalisée. Les parieurs ont du mal à appréhender le fait qu’un cheval qui serait rétrogradé dans leur pays ne l’est pas dans la course sur laquelle ils ont misé aux antipodes. Suite à cette première réunion, la Fédération Internationale des Autorités Hippiques a créé un comité d’harmonisation, avec un représentant de la plupart des grandes nations hippiques. Les travaux de ce comité ont fait émerger deux catégories. Il y a d’une part les pays Anglo-saxons ou d’inspiration anglo-saxonne. C’est la catégorie A. Dans ce contexte, s’il y a gêne, les commissaires cherchent à déterminer si le cheval gêné aurait devancé le gêneur. La priorité est donc donnée à l’ordre d’arrivée. Il y a d’autre part le Japon, les Etats-Unis, l’Amérique Latine et les pays d’Europe continentale, comme la France. C’est la catégorie B. Dans ce deuxième contexte, les commissaires cherchent à apprécier si à cause de la gêne, le cheval gêné a été empêché d’obtenir un meilleur classement ou une meilleure allocation. Cela donne lieu à plus de déclassements et rétrogradations.

Pourquoi choisir une doctrine d’inspiration anglo-saxonne ? Au fil des années, différentes nations hippiques ont pris conscience de l’importance d’une harmonisation internationale. Dans le même temps,  certains pays de la catégorie B, notamment le Japon, ont adopté la doctrine de la catégorie A, suite à des cas problématiques dans de grandes courses. Lors des concertations internationales, il est apparu que plusieurs pays de la catégorie A avaient déjà expérimenté par le passé une doctrine proche de celle de la catégorie B. Mais l’usage les avaient fait évoluer vers la situation que nous connaissons actuellement. Dès lors, notamment pour l’Angleterre, un retour à la catégorie B apparaissait comme une régression. De même, il est rapidement apparu qu’il n’était pas possible d’établir une règle faisant la synthèse des deux catégories.

Quelle est donc la nouvelle règle ? Le comité d’harmonisation de la Fédération Internationale des Autorités Hippiques s’est donc finalement accordé sur le texte suivant : « si un cheval ou un jockey a gêné un concurrent, avant de le devancer à l’arrivée, et d’autre part que le cheval gêné n’aurait pas devancé le gêneur sans cette gêne, le classement à l’arrivée ne sera pas changé. » Dans un deuxième paragraphe, il est précisé : « Si le cheval gêné aurait devancé le gêneur sans cette gêne, le gêneur sera rétrogradé derrière le cheval gêné. » Ce texte a été transmis au comité exécutif de la Fédération Internationale des Autorités Hippiques. La France a alors demandé un ajout. Il concerne : « le déclassement éventuel d’un cheval lorsque son jockey a monté de façon dangereuse. » Ce texte a fait l’unanimité et il a été intégré dans l’accord international qui constitue en quelque sorte le code des courses mondial. Néanmoins certains pays, comme les Etats-Unis, ne l’ont pas encore intégré dans leurs réglementations.(NB : l’Allemagne le met en pratique à partir du 1er avril)

Première étape, qualifier le type de gêne. Les commissaires français vont devoir modifier leur manière de fonctionner. A présent il va falloir dans un premier temps qualifier le type de gêne. C’est-à-dire, dans l’ordre de gravité :

  • Comportement entraînant une chute : Si la gêne entraîne une chute, il faut automatiquement ouvrir une enquête. Si l’enquête démontre que la chute résulte d’un comportement fautif d’un cheval ou d’un jockey, les commissaires doivent distancer ce cheval.
  • Comportement dangereux : La monte dangereuse doit répondre à une définition. Le jockey gêne sciemment un concurrent pour continuer à progresser ou à améliorer sa position, prenant ainsi un risque pour sa propre sécurité ou celle des autres concurrents. C’est par exemple, lorsqu’un jockey essaye de s’engager dans un espace insuffisant. La deuxième définition du comportement dangereux correspond au jockey incoséquent qui ne se soucie pas de ses adversaires ou qui manque de compétence dans sa monte.
  • Comportement non dangereux et non intentionnel : Un comportement est considéré comme non dangereux… dans tous les cas où il n’est pas qualifié de dangereux. Le règlement fait la différence entre un comportent « non dangereux et non intentionnel » et comportement « non dangereux avec gêne accidentelle ». Le premier nommé concerne la gêne résultant d’une faute non intentionnelle ou involontaire du jockey. C’est notamment le cas du jockey qui laisse pencher son cheval et dont le mouvement peut gêner un autre concurrent. Ou de celui qui change de ligne sans prendre toutes les précautions. Ou enfin de celui qui gêne la progression des autres concurrents car il a cessé de solliciter son cheval prématurément.
  • Comportement non dangereux et gêne accidentelle. La gêne accidentelle est définie comme résultat d’un comportement exceptionnel du cheval. C’est par exemple lorsque ce dernier penche soudainement et sans prévenir. Ou lorsqu’un cheval penche sous l’effet d’un seul coup de cravache. Ou dans le cas où les chevaux se gênent mutuellement. Dans ce cas, le cheval pourra être déclassé mais son jockey ne sera pas sanctionné.

En cas de comportement dangereux, les commissaires doivent se poser la question suivante : « le gêné a-t-il été empêché d’obtenir un meilleur classement ? ». On reste donc dans l’appréciation actuelle et le gêneur sera finalement classé derrière celui qu’il a gêné si la réponse à cette question est postive.

Dans la grande majorité des cas, le comportement sera est non dangereux et on applique la nouvelle règle. On se pose donc la question suivante : « le gêné a-t-il été empêché de devancer la gêneur ? ». C’est là que réside le grand changement pour la France.

L’évolution des sanctions. Après la qualification de la gêne, se pose la question de la responsabilité des jockeys. En cas de sanction, les apprentis écopent d’un nombre de jours d’interdictions plus élevé car ils ne sont pas sanctionnés financièrement. Il s’agit également pour d’augmenter le coté pédagogique de la sanction. De même, pour toutes les catégories de jockeys, dans les courses de Groupe, les sanctions sont plus élevées car le résultat est d’une importance très particulière. Cela doit dissuader ceux qui seraient tentés de prendre un risque supplémentaire dans ce type d’épreuves. Le détail des sanctions, par catégories, sera publié plus tard. La doctrine de jugement des gênes et les recommandations de sanction sont publiées ici.

La mise en application. Henri Pouret a expliqué : « A l’avenir, le challenge sera également d’harmoniser l’interprétation de la réglementation entre les pays, sur des cas comparables. Je pense qu’il sera plus compliqué d’obtenir une harmonisation des sanctions. On ne court par exemple pas avec la même fréquence en France et au Japon. Dès lors une mise à pied de même durée n’a pas les mêmes conséquences. » Henri Kiriel a précisé : « Depuis le mois de février, les formations sont en cours. Ces évolutions sont très bien accueillies et ce d’autant plus qu’elles n’apparaissent pas comme des révolutions. Cela ne devrait pas trop poser de problèmes aux commissaires. »

Enfin, on notera que les jockeys qui montent à l’étranger sont déjà habitués à ce type de réglementation.

Le guide complet de la nouvelle doctrine, avec un document d'aide à la décision (page 13) qui a été distribué aux commissaires, peut être téléchargé en cliquant sur ce paragraphe.